Hoël de Nantes, saint Malo et d'autres saints bretons

Dans le Pseudo-Turpin, Hoël, comte de Nantes, prend part à l’ost levé par Charlemagne contre Agolant : « Oellus, comes urbis que vulgo dicitur Nantas, cum duobus milibu heroum. » Par rapport à ses compatriotes Arastagnus et Salomon, Hoël a droit à un traitement particulier : il est envoyé par Charles pour combattre le géant Ferragut, accompagné par Constantin, roi de Rome. Le géant les capture tous deux très facilement et les porte dans sa prison où ils retrouvent Ogier et Renaud d’Aubespin, et où viendront les rejoindre encore une vingtaine de chevaliers. C’est Roland, après une controverse théologique et un combat acharné, qui parvient à vaincre le géant et à délivrer les prisonniers . Hoël et ses deux mille héros venus de Nantes trouvent la mort à Roncevaux et seront enterrés dans leur patrie : « Oellus comes apud Nantas, urbem suam, cum aliis multis Britannis sepelitur. » On retrouve li cuens de Nantes dans la Chronique saintongeaise qui suit de près le Pseudo-Turpin : Hoël/Oil est capturé par Ferragut, puis, après Roncevaux, « Oiauz fu enseveliz a Nantes sa cité ot mainz outres Bretons » . Par contre, Hoël n’apparaît pas dans les Gesta Karoli, ni dans Ronsasvals

 

L’auteur de la Chronique saintongeaise insère dans sa version du Pseudo-Turpin plusieurs interpolations dans lesquelles il décrit les établissements religieux locaux. Ainsi, il envoie l’archevêque Turpin visiter les églises de Saintes dont « l’iglise Saint Macou qui fu uns daus ‘set sainz de Bretagnie’ a cui li los servi de sa busche porter, per ço qu’il li avoit mangié son âne. » Poursuivant Aigolant d’Agen en Saintonge, Charlemagne en profite pour fonder quelques abbayes, dont celle de Saint-Emilion, dédié à l’ermite du pays de Vannes. Puis, l’empereur et son archevêque octroient les églises du Bordelais, avec leurs dîmes, à l’abbaye Saint-Seurin de Bordeaux. Parmi ces donations figure l’église Saint-Emilion. Dans l’église Sainte-Eulalie de Bordeaux gisent les corps de douze martyrs, archevêques et évêques, qui furent les compagnons de saint Brandan et des septs saints de Bretagne, si bien que les Bretons vinrent les chercher. Dans la première partie de la chronique, intitulé Tote l’histoire de France, l’auteur donne la liste des trésors ecclésiastiques cachés à l’approche des Normands en Saintonge. L’église de « Saint Melion sore Gironde » est citée parmi ces cachettes, tandis que le bras de saint Malo - le gauche sans doute, car le bras droit avait été emporté à Alet par les Bretons, selon Bili, auteur de la Vita du saint - était enseveli à Merpins pour échapper aux pillages des Vikings .