Introduction au pèlerinage de Compostelle

Selon la légende, saint Jacques le Majeur, disciple de Jésus-Christ, aurait évangélisé l’Espagne. Mort en martyr à Jérusalem en 44, son corps fut placé sur une embarcation qui dériva sur la mer pour atteindre les côtes de la péninsule ibérique, où il fut enseveli. C’est là, en Galice, à Iria Flavia (auj. Padron), que son tombeau est retrouvé par l’évêque local Théodomire au début du neuvième siècle. Il en informe aussitôt le roi des Asturies Alphonse II le Chaste. Nous reviendrons plus loin sur la véracité de cette légende qui relie deux traditions différentes : l’évangélisation de la péninsule ibérique  par saint Jacques et la translation de son corps  de la Palestine à la Galice. 

 

Saint Jacques va rapidement entrer au service de la royauté asturienne et de sa lutte contre les Musulmans. A la bataille de Clavijo en 859, il serait apparu au milieu des combats, monté sur un cheval blanc, et aurait donné la victoire au roi des Asturies. Cette première manifestation du Santiago Matamoros, saint Jacques « tueur de Maures », va devenir au fil des siècles une composante essentielle du culte jacquaire en Espagne, seul pays européen où l’iconographie et la statuaire le représentent en cavalier armé.  Saint Jacques devient alors le symbole de la Reconquista et le patron des royaumes chrétiens d’Espagne. Mais le culte de saint Jacques reste confiné au nord de l’Espagne jusqu’à la fin du neuvième siècle. Au siècle suivant, quelques rares pèlerins étrangers, comme l’évêque du Puy Godesdalc, osent s’aventurer sur la route de Compostelle malgré la menace des raids musulmans. En 997, Saint-Jacques de Compostelle est pillée et incendiée par al-Mansûr, la basilique est rasée mais le tombeau du saint est respecté. Il faut attendre que le rapport de force s’inverse en faveur des royaumes chrétiens pour que la route vers Compostelle devienne sûre et que le pèlerinage prenne une toute autre dimension. 

 

Son organisation et sa promotion vont alors être pris en main par les ordres religieux d’Outre-Pyrénées dont Cluny. Fondée en 910 par le duc d’Aquitaine Guillaume le Pieux, l’abbaye bourguignonne est parvenue en moins de trois siècles au faîte de son pouvoir qui étend ses ramifications à l’ensemble de la Chrétienté latine. En Espagne, les Clunisiens participent depuis le milieu du 11ème siècle à la réforme et à la rénovation du clergé ibérique, à la demande et avec l’appui des souverains espagnols. Sous le pontificat du pape bourguignon Calixte II, ancien moine de Cluny, le siège épiscopal de Compostelle, occupé par Diego Gelmirez, est érigé en archevêché. On compile également le Liber sancti Jacobi, recueil hagiographique, historique et liturgique à la gloire de l’apôtre galicien. Ce recueil, formé de cinq livres sur lesquels nous reviendrons, est connu par deux manuscrits du 12ème siècle, le Codex Calixtinus et le manuscrit de Ripoll. 

 

C’est donc au moment où la Reconquista reçoit l’aide de contingents étrangers que le pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle prend véritablement son essor. A partir de la seconde moitié du 11ème siècle, les deux événements sont intimement liés.