Le Liber Sancti Jacobi : genèse et composition

Le Livre de saint Jacques ou Liber Sancti Jacobi est une compilation de textes liturgiques, hagiographiques et légendaires relatifs au culte de saint Jacques le Majeur. Ces textes furent réunis et remaniés au 12ème siècle dans le but de glorifier le saint patron de l’Espagne et de promouvoir le pèlerinage de Compostelle. Les auteurs se placèrent sous l’autorité du pape Calixte II, à qui ils attribuèrent la rédaction du Liber Sancti Jacobi, par l’adjonction d’une lettre apocryphe en tête du recueil. C’est pour cette raison que le plus ancien manuscrit connu fut nommé Codex Calixtinus

 

Le recueil se compose de cinq livres : le premier est un ensemble de chants liturgiques, de messes et de sermons ; le second rapporte les miracles accomplis par saint Jacques ; le troisième relate la Translation de ses reliques ; le quatrième est un récit légendaire contant les exploits de Charlemagne et de Roland en Espagne. Il est connu sous le nom de Historia Karoli Magni et Rotholandi ou Pseudo-Turpin. Le dernier livre est le Guide du Pèlerin de Compostelle. 

 

La plupart de ces textes ont fait l’objet de réécritures et certains d’entre eux remontent au 10ème siècle pour leur plus ancienne version. Le livre des Miracles couvre une période allant de la découverte du tombeau du saint jusqu’en 1135. Quinze miracles environ, sur les vingt-deux que contient le recueil, ont été transcrits au cours du 11ème siècle et compilés une première fois vers 1110. Il est probable qu’il a existé, dès le 10ème siècle, un dossier groupant des pièces liturgiques, certains récits de miracles et une version de la Translation, soit le noyau des trois premiers livres du Liber Sancti Jacobi

 

Au tournant du 12ème siècle, cet ensemble est remanié et complété sous l’impulsion conjointe de l’évêque de Compostelle, des moines de Cluny, de l’aristocratie bourguignonne et du roi de Castille. Constance, fille du duc de Bourgogne et nièce de l’abbé Hugues de Cluny, avait épousé le roi Alphonse VI de Castille vers 1080. Onze ans plus tard, leur fille Urraca prend pour époux Raimond, fils du comte de Bourgogne, qui reçoit en fief la Galice. En 1094, un moine clunisien, Dalmace, devient évêque de Compostelle avec l’appui du comte de Galice et du roi de Castille. C’est dans ce contexte que le Liber Sancti Jacobi est remanié afin d’en faire un manuel officiel du culte jacquaire et une œuvre de propagande destinée à relancer le pèlerinage au profit de l’évêché de Compostelle, et en particulier pour attirer les subsides nécessaires à la reconstruction de la cathédrale. Il semble que c’est à ce stade d’évolution qu’une version du Pseudo-Turpin a été incluse  dans le recueil. 

 

En 1100, Diego Gelmirez succède à Dalmace sur le siège épiscopal de Compostelle. Formé à l’école de la cathédrale compostellane, Diego Gelmirez est chanoine lorsqu’il est remarqué par le comte Raimond de Bourgogne qui en fait son chancelier, son secrétaire et son confesseur. Nommé vicaire du diocèse de Compostelle, c’est tout naturellement qu’il est élu évêque après la mort de Dalmace. Dès lors, Diego Gelmirez n’aura de cesse d’obtenir le pallium et l’érection de Compostelle en archevêché métropolitain, afin de le rendre indépendant des sièges de Tolède et de Braga. En 1104, Gelmirez part pour Rome pour défendre ses prétentions auprès du pape Pascal II. En chemin, il s’arrête longuement à Cluny et fait part de ses projets à l’abbé Hugues qui va alors jouer le rôle d’intermédiaire entre Compostelle et Rome. Mais c’est surtout grâce à l’influence de l’archevêque Gui de Vienne que Diego Gelmirez va parvenir à ses fins. A la mort de Raimond de Bourgogne, en 1107, son frère Gui vient en Espagne pour protéger les intérêts de son neveu, le futur roi de Castille Alphonse VII. Il trouve un allié en la personne de Diego Gelmirez et tous deux sont nommés tuteurs de l’enfant. Diego Gelmirez obtient alors l’appui de l’archevêque bourguignon auprès de la curie romaine. Cet appui se révélera décisif en 1119, lorsque Gui de Vienne est élu pape sous le nom de Calixte II. Dès l’année suivante, le siège de Compostelle est élevé au rang de métropole à titre provisoire, puis définitif en 1124.

 

Afin de conforter et légitimer ses revendications, Diego Gelmirez va aussi mettre en œuvre la rédaction d’un tryptique littéraire comprenant une chronique, l’Historia Compostellana, un cartulaire, généralement désigné sous le nom de Tumbo A, et un nouveau remaniement du Liber Sancti Jacobi, que nous connaissons à travers le Codex Calixtinus. L’Historia Compostellana a été rédigée entre 1107 et 1149 par les chanoines du chapitre de la cathédrale, à la demande de leur évêque. Le trésorier Nuño Alfonso en est le premier auteur, jusqu’à son élection au siège épiscopal de Mondoñedo en 1113. L’archidiacre Hugues, qui est probablement d’origine française, rédige un chapitre du premier livre. Après 1113, l’œuvre est poursuivie par le magister Giraldus, un clerc français originaire de Beauvais, puis par d’autres continuateurs. En  parallèle, le trésorier Bernard est chargé par Diego Gemirez d’élaborer le cartulaire Tumbo A, qui est achevé en 1129. La datation et les auteurs du Liber Sancti Jacobi sont plus difficiles à cerner.