Le poids économique du pèlerinage de Compostelle

A partir du tournant du 12ème siècle, le pèlerinage de Compostelle connaît donc une certaine popularité parmi l’aristocratie franque. Il va aussi vivifier les échanges commerciaux et favoriser l’essor économique de la Galice et du nord-ouest de la péninsule ibérique . Cet essor est soutenu  par une politique proposant des conditions attractives au repeuplement des zones désertées et récemment libérées par la Reconquista. Le camino frances devient l’artère politique et commerciale des royaumes chrétiens d’Espagne. Au bout du chemin, Compostelle est, au 12ème siècle, le centre de négoce le plus important de la péninsule. Les marchandises y affluent de toutes parts, par terre et par mer. Marchands ambulants et pèlerins cheminent ensemble et il est parfois difficile de les distinguer. En effet, les pèlerins, qui voyagent uniquement par dévotion religieuse, sont exempts de toutes taxes et péages, ce qui n’est pas le cas des marchands pour qui il est alors tentant de se faire passer pour des Jacquets. Parfois, au passage des ports pyrénéens, ce sont les péagers qui extorquent des taxes indues aux pèlerins. A Compostelle même, sur le parvis de la cathédrale, des échoppes d’artisans vendent aux pélerins tout le nécessaire de voyage, ainsi que les célèbres coquilles en souvenir de leur visite au tombeau de l’apôtre. Sur le camino frances, aubergistes, marchands et changeurs ont pignon sur rue. Certains d’entre eux, à l’image des péagers pyrénéens, n’ont aucun scrupule à escroquer les pèlerins, aussi bien sur les prix que sur la qualité de leurs produits.

 

Par le port de Padron, Compostelle est reliée au trafic maritime atlantique. Vers 1120, des navires marchands normands fréquentaient les côtes galiciennes. En 1130, un pèlerinage à visée commerciale est pris à partie par « une multitude armée » aux ordres de Garsia Perez, frère du comte Rodrigo Perez. Les marchands anglais et flamands qui accostent au port de Saint-Jacques - c'est-à-dire à Padron - sont dépouillés de leurs marchandises, d’une valeur de 22 000 marcs d’or. Ce sont les habitants de Compostelle eux-mêmes qui prennent en chasse les voleurs et restituent leurs biens aux marchands. Dans sa charte pour la protection des pauvres, rédigée en 1113, l’archevêque de Compostelle, Diego Gelmirez, avait déjà pris un décret stipulant que quiconque porterait atteinte à un marchand ou un pèlerin serait excommunié et puni d’une amende. Cet épisode et cet article de loi témoignent de l’essor commercial impulsé par le pèlerinage de Compostelle à partir des 11ème et 12ème siècles. Diego Gelmirez a également contribué à sécuriser le commerce maritime le long des côtes de Galice en faisant construire trois navires de guerre destinés à lutter contre la piraterie. Le choix de ce lourd investissement financier montre que le pèlerinage compostellan  était devenu un enjeu économique de premier plan pour les autorités locales.