Preuves de pèlerinages bretons à Compostelle dès le 11ème siècle

Les itinéraires terrestres et maritimes tracés ci-dessus entre la Bretagne et Saint-Jacques de Compostelle sont plausibles, mais ont-ils réellement été empruntés dès les 11ème et 12ème siècles ? Existe-t-il des preuves historiques de la présence de pèlerins bretons sur ces itinéraires avant 1300 ? Le témoignage le plus ancien semble être celui de Guillaume, tonlaire de l’église de Nantes qui, en 1093, édicte un acte par lequel il fait don du tiers de ses biens à l’abbaye Sainte-Croix de Quimperlé. Guillaume précise en outre que, si la dévotion le conduit en pèlerinage à Saint-Pierre ou à Saint-Jacques, ou en quelqu’autre lieu éloigné et qu’il y meure, les moines de Quimperlé pourront jouir de ses biens suivant l’accord établi entre les deux parties . Les deux premières destinations se rapportent à Rome et Compostelle, la dernière semble faire allusion à Jérusalem.

 

Au siècle suivant, entre 1127 et 1145, Guillaume II, seigneur de La Guerche annonce son départ pour Saint-Jacques de Compostelle à l’occasion d’une donation en faveur du monastère Saint-Nicolas de La Guerche. L’acte ajoute que le seigneur Guillaume avait eu la volonté d’effectuer ce pèlerinage au cours de sa jeunesse, mais que ses proches l’en avaient empêché à plusieurs reprises. Il semble que cette fois fut la bonne. La dévotion de Guillaume de La Guerche ne se limite pas à saint Jacques : en 1156, il décide de se rendre en Terre Sainte et renouvelle alors ses dons à l’abbaye Saint-Nicolas de La Guerche en présence d’une foule de mille personnes en tête de laquelle figurent les grands seigneurs laïcs et ecclésiastiques de la région. Selon Jean-Claude Meuret, cette mise en scène de son départ  pour Jérusalem montre que Guillaume n’envisage pas de revenir en Bretagne. Effectivement, on peut suivre sa trace en Terre Sainte jusqu’en 1169, à travers plusieurs actes qu’il signe en tant que sénéchal du Temple. Tout porte à croire qu’il est mort en Palestine vers 1170, peut-être au combat . 

 

Avant la fin du 12ème siècle, nous disposons d’un autre témoignage concernant un pèlerinage maritime de Bretons à Compostelle. La Narratio de itinere navali peregrinorum Hierosolymam tendentium et Silviam capentium relate le périple d’une dizaine de navires allemands partis pour la troisième croisade en 1189. Après avoir subi accalmies et tempêtes le long des côtes de la Bretagne, ce qui les contraint à caboter jusqu’à La Rochelle, les navires gagnent les ports cantabriques, puis le Portugal, après une escale à Saint-Jacques de Compostelle. A Silvès, au sud du Portugal, ils sont rejoints par un navire de pèlerins venus de Bretagne qui les aident à mener le siège de la cité, alors aux mains des Musulmans. Il est probable que ce navire, comme les navires allemands, avait fait étape à Compostelle, avant de poursuivre sa route jusqu’en Terre Sainte. Ces pèlerins bretons devaient donc compter parmi eux un nombre assez conséquent d’hommes en armes. 

 

Les preuves de pèlerinages maritimes des Bretons en Galice sont plus nombreuses à partir du 14ème siècle et nous en avons donné quelques exemples ci-dessus. Toutefois, ces témoignages affleurent surtout au cours de périodes troublées, comme les croisades et la guerre de Cent Ans. Ce qui est consigné par écrit n’est pas le récit du pèlerinage en tant que tel, mais un fait de guerre survenu au cours du voyage. On peut en déduire qu’en temps de paix, les pèlerinages maritimes devaient se dérouler sans incidents notables ayant nécessité d’en conserver la mémoire.